Oeuvres

Chers auditeurs, nous sommes à nouveau réunis pour cet entretien qui se déroule au fil des saisons. Nous sommes au cœur de l’hiver en votre maison à quelques lieues de Chartres. Allez, peut-être une lieue maximum ! Et j’ai eu la chance de recueillir nos échanges, disponibles sur Internet sur le site de la FODEF : https://fodef.net/


Bertrand Catry

Francis, ce médaillon :

Médaillon France Victor Marie
Médaillon

Médaillon, en bronze ; nous lisons en langue internationale : « Practice any faith religious or not ». Ce qui pourrait bien dire en français : « Pratiquez la religion ou ne pratiquez pas la religion ».

Francis Delaye

Pratiquez une foi. Je ne dis pas une religion, même une non-religion. Pratiquez une foi, religieuse ou non. Cela veut dire que ça doit être une foi qui n’est pas religieuse, une foi dans la vie, une foi dans le principe de vie.

Bertrand Catry

Ce principe de vie que vous illustrez d’une croix, du cœur sacrifié de Jésus, d’un poisson, de l’étoile juive, du croissant de l’Islam, et du principe de l’univers : de « L’Alpha et de l’Oméga ». Quel est ce principe de vie ?

Francis Delaye

Le principe de vie c’est ce qui nous fait vivre, tous. Nous sommes dans la main de la vie, sur terre. Une vie qui est restreinte par la mort puisque nous sommes faits pour la vie éternelle. Mais c’est une vie qui est une épreuve pour tout le monde, dans la vie courante. Et le principe de vie c’est ce qui dirige la vie courante de tout le monde. Nous on l’appelle La Providence, parce que quand on est croyant on donne une personnalité au principe de vie qu’on appelle Dieu. Mais ceux qui n’arrivent pas à donner une personnalité au principe de vie le vivent malgré tout. Mais ce que je dis pour le Christ, c’est un problème pour la Chrétienté dont je fais partie, et qui m’a mené jusque-là. Car pour la Chrétienté œcuménique, c’est l’Amour Divin qui est le fondement de la révélation biblique. Or nous revenons avec le Christ au début de l’annonce de l’Évangile, dès son départ, en disant maintenant que l’Amour vient après l’humilité dont l’humiliation du Christ a fait la preuve par notamment son agonie de Gethsémani plus forte que la crucifixion elle-même.

Bertrand Catry

Ce vecteur d’amitié laïque peut permettre par le second avènement de pouvoir, eh bien, à imaginer un monde dépassionné et réconcilié !?

Francis Delaye

Oui, mais c’est dans l’entente internationale complète autour de Jésus-Christ, qui est le roi de la Paix.

Bertrand Catry

Francis, nous allons maintenant poursuivre à l’intérieur de votre maison. Dites-nous, La Vierge à l’enfant, La vierge couronnée :

La Vierge à l’enfant, La vierge couronnée

Dites-nous un petit peu son histoire, et ce qu’elle est dans votre quotidien.

Francis Delaye

J’ai toujours eu la même intuition depuis mon rêve de 1963, qui s’est développée petit à petit pour s’exprimer d’une manière plus claire maintenant, mais j’avais toujours cette espèce d’intuition du découronnement de Jésus par rapport à nous, sans savoir comment l’exprimer exactement à ce moment-là. Alors je me suis servi d’une taille directe dans une pierre pour représenter l’enfant Jésus sans le sceptre qui lui revient comme enfant ; sans la royauté qui lui revient comme enfant.

Bertrand Catry

Le sceptre on le voit donc ici :

C’est sa royauté. Est-ce que sa royauté advient à sa naissance ? Ou sa royauté est un avenir après sa résurrection ?

Francis Delaye

En fait, ce que nous croyons, nous, chrétiens, c’est que Jésus-Christ est né Dieu et Homme, si vous voulez ; et qu’au titre de Dieu il a droit à la puissance. Or, ce que je pense c’est que la véritable puissance de Dieu c’est pas dans la réalisation d’une puissance extérieure, même divine, mais dans une humiliation qu’il donne à tous les hommes.

Je l’ai taillée dans mon atelier, 14 Avenue du Maine, avec le modèle d’un de mes petits-enfants que j’ai eu par sa mère.

Bertrand Catry

Par humilité vous abandonnez votre occupation de sculpteur pour être tailleur de pierres. Pourquoi ce chemin ?

Francis Delaye

Je pensais que je n’étais pas digne d’orner les églises et les cathédrales de décorations, mais que j’étais bon pour tailler des pierres de bases de l’église qui étaient démolies à ce moment-là et qui avaient besoin de reconstruction.

Bertrand Catry

Alors, vous m’avez parlé tout à l’heure, et vous avez attiré mon attention sur un moineau. La Vierge présente un moineau.

La Vierge à l’enfant, La vierge couronnée

Francis Delaye

Oui, il y a un moineau au pied de la Vierge qui picore des évangiles.

Bertrand Catry

Qui picore des évangiles… ?

Francis Delaye

C’est moi qui ai voulu le représenter en train de picorer les évangiles car depuis ma conversion je n’ai fait que méditer les évangiles.

Bertrand Catry

Ce sujet, cette thématique, elle nous vient tout droit de Saint-François d’Assise où évidemment les oiseaux du Ciel sont là et l’accompagnent sur le chemin de Saint-François. C’est en même temps très sérieux et en même temps c’est facétieux, c’est drôle, c’est amusant !

Marie elle-même est coiffée de sa couronne.

Francis Delaye

Oui, parce qu’en fait c’est la Vierge Marie qui doit annoncer l’enfant Jésus. C’est pas l’enfant Jésus qui s’annonce lui-même ! En fait l’humiliation du Christ, c’est vraiment la Vierge Marie qui le soutient dans son cœur depuis le début de l’incarnation de son fils, par la douleur que lui procure son cœur devant nos péchés, et dont le fils a aussi la teneur. Et ce que je vous ai dit c’est que ce n’est pas seulement cette douleur-là ; c’est cette douleur-là qui doit nous prendre mais dans la joie, parce que c’est vraiment l’œuvre de salut du Père des Cieux, le principe de vie.

Bertrand Catry

C’est cette royauté qui est le principe de cette annonce.
Francis nous allons continuer notre marche. Vous avez laissé là dans votre maison, dans cette petite chapelle, on va dire, un vitrail. Qu’est-ce que vous avez voulu exprimer ?

Vitrail

Francis Delaye

J’ai voulu exprimer l’amour de Dieu brut, nu, l’amour de l’Alpha et l’Oméga, par un jeune homme qui se croise les jambes et les décroise, avec… ça pourrait être des lunettes qu’il porte, et des gants à ses mains. Mais c’était intuitif. Quand je l’ai fait, je l’ai fait comme j’ai fait la Vierge, c’est-à-dire d’une manière tout à fait intuitive et sans préjugé sur ce que ça pouvait dire dans mes vieux jours. Parce que vous dites que j’ai beaucoup de choses encore à dire, mais j’ai 97 ans et j’ai peu de temps à vivre quand même.

Bertrand Catry

Ce temps-là il est tout à fait relatif. Dans le contexte, vous avez évidemment été de nombreuses fois dans la Cathédrale de Chartres et ses vitraux, le bleu de Chartres. On a là une ronde, dans votre vitrail, de couleurs et de bleus ; dans cette vie qui nous est donnée, au fond on est un petit peu l’Alpha et l’Oméga. Pascal disait qu’on était un rien, et qu’on était quelque chose au milieu du rien et du tout ; donc on est à la fois rien, on est à la fois tout ? Parce que dire qu’on est rien devant le Seigneur c’est peut-être lui faire offense ? Parce que Dieu a besoin de notre collaboration ! Dire qu’on est tout, on voit là où ça a mené l’Homme, à la folie et aux guerres mondiales, et notamment à cette science, aux dérives de la science qui oublierait d’être au service de l’homme. Montaigne nous disait qu’on peut s’inquiéter d’avoir une science sans conscience qui nous mènerait à la ruine de l’âme. Au fond, dans ce vitrail, dans ces couleurs, à un moment tout est possible. On est acheminé entre cet Alpha et l’Oméga. Quelle est notre liberté ?

Francis Delaye

En fait, Dieu donne à l’homme le pouvoir de le remplacer. Il est libre de le faire ou non. C’est à nous de choisir.

Entretien de Bertrand Catry pour Francis Delaye le 16 novembre 2021  à Gasville.

Q: Francis, qu avez vous à me dire depuis ces derniers mois?

R: on me met hors de la Chrétienté et les prêtres de même. Je propose Jésus-Christ au monde entier ce qui demande un effort de la part des chrétiens et des non chrétiens.

Q: quel effort ?

R: se reconnaître comme on est, déjà. Puis considérer ces deux vérités:

D’abord la première : celle de la paix du ciel; elle est éternelle,  douce et aimable. C’est celle-là qui est enseignée par Jésus-Christ et qui nous place libre.
– La seconde vérité: celle où je suis matière, qui est livrée à la destruction sous la coupe des anti Christ. C’est la non liberté.

Il y a un saut à faire qui est énorme. C’est le jeu de la vie de chacun. On approche de la fin des temps. En ces temps là, on sera tous saints…ou proscrits.

Q: Est-ce que l’une  de ces vérités peut l’emporter?

R: oui, en apparence. Notre monde contemporain est l’union de ces deux vérités. Nous croyons à la puissance du Christ.

Les chrétiens doivent réapprendre cette première vérité notamment par son agonie qui dépasse toutes les souffrances comme sa sudation le montre, la sudation de son sang jusqu’à terre, non connue des médecins. Les chrétiens ajoutent  la Résurrection sans quoi la Passion  serait désespérée.

Le monde doit accepter l’Évangile pour que l’humilité de Dieu réfrène son orgueil.

Q : l’orgueil sera-t-il plus fort que l’humilité?

R: en apparence l’orgueil aura raison de l’humilité. Jésus-Christ doit régner sur le monde entier par sa passion; ce qui compte est que les gens reconnaissent leur orgueil congénital qui peut être infléchi par le Christ et son principe de vie qui est Espérance.

Moi même je ne suis rien du tout…Tout est  dans les mains de Dieu.

On arrive malgré tout depuis l’année 2000 à une période de paix… jusqu’au retournement du moteur à  ions. Il importe de s’y préparer même si on ne sait quand il adviendra.

Q: Comment?

R: par la prière et la pratique de l’Évangile.

La résurrection n’est pas pour la gloire de Dieu mais là pour donner tout son  sens à la Passion. D’abord se reconnaître orgueilleux sans quoi on ne peut rien faire. L’agonie du Christ a prouvé que Jésus-Christ était la chair de Dieu. L’homme qui a eu une parfaite connaissance de Dieu, c’est le Christ.

Les hommes ont besoin du Messie pour se débarrasser de son orgueil…suivre le Christ derrière lui, de dos…. Il est bon de renoncer à soi-même sans arrêt. Je le peux car je suis aimé. Le renoncement est ma réponse au pardon de Dieu à partir du moment où je recherche la vérité, la première, celle abordée tout à l’heure. On naît matière, donc non libre. La matière nous est imposée.

Revenons à Teilhard de Chardin : chacun est d’abord conçu au ciel puis mis sur la terre comme épreuve dans le but de se convertir au ciel après la chute ou pour une hiérarchie céleste.

La Terre est une épreuve joyeuse ou pénible selon les moments: « J’étais nu et vous m’avez habillé, j’étais  étranger et vous m’avez accueilli ». Ce qui compte est  la volonté intérieure par notre conscience qui nous dirige. Le rêve que j’ai fait en 1963 et qui a duré une semaine lors des rameaux est marqué de cette fête équivoque des Rameaux. Jésus est honoré sur une monture misérable, acclamé par les foules. Mais sa Passion vient tout de suite après.

Q: un souhait pour le Fodef?

 R: j’espère qu’on ne se trompe pas. Jean-Luc y travaille bien.

Puis , avec Francis, nous prions le Magnificat.

Q: quelle est votre intention, votre souhait le plus cher?

R: je vous confie la conversion de ma famille et de moi-même.

Fait à Paris
Bertrand Catry
29 novembre pour l’anniversaire de Francis.